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Extrait Light Novel - Tome 1

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Mais… où suis-je ?

Cliché, mais pas anodin comme question.

Je me tiens au cœur d’une clairière, entouré d’arbres à perte de vue.

Pas un seul chemin n’est tracé.

D’accord. Analysons sereinement la situation.

Ça, je me le confirme tout de suite, j’ai bel et bien ressenti la douleur de l’atterrissage. Le choc était assez intense pour en mourir sur le coup. Et c’est bien ce qui s’est passé, tiens.

Mais peut-être que je ne suis pas mort, finalement ? Est-ce qu’au paradis ou en enfer, nos sensations sont conservées ? Remarque, en y réfléchissant bien, ça me paraît plausible. Si l’enfer est destiné à faire souffrir, il est logique que nos sens, du moins la douleur ou nos émotions, soient préservés, non ? Et si l’enfer les a, pourquoi le paradis n’en bénéficierait-il pas aussi ?

Assez compliquée cette histoire. Le paradis, l’enfer, le monde des vivants ? Impossible de le savoir. Ça pourrait tout aussi bien être autre chose.

Attends ! les récits de fantasy dans ma commode…

Je n’y ai pas songé tout de suite car ça reste quand même de l’imaginaire. Le paradis ou l’enfer sont des choses bien plus probables que de se faire isekai1. Enfin, peut-être pas tant que ça, quand on y pense. Mais la situation n’en demeure pas moins intrigante.

Du lycée et de ce sombre éclairage provenant de la pleine lune, me voici en forêt, bercé par les rayonnements aveuglants et chauds d’un soleil atteignant son zénith. Le changement est, pour ainsi dire, radical ! Il est vraiment possible qu’il s’agisse d’un voyage vers un autre monde, finalement. Sauf que maintenant se pose la question que tout amateur d’isekai se demande. Comment est-ce que j’ai atterri dans ce monde ? Parce qu’il faut dire que ce ne sont pas les manières de faire qui manquent.

Est-ce que je me tiendrais au début d’un jeu vidéo ? Ou alors, serait-ce une invocation ? À n’en pas douter, ce n’est ni l’un ni l’autre. Sinon, je ne me retrouverais pas ici au milieu de nulle part. Je serais certainement dans une ville médiévale, accosté par le premier venu, ou dans le château d’un roi voulant mon aide pour détruire une menace mondiale. Il s’agit sans doute d’une réincarnation dans ce cas. Je dirai même que c’est la conclusion la plus probable, au vu de ma situation. Mais dans ce cas-là, on est censé rencontrer une divinité, un être suprême ou autre chose de ce style, non ? Et puis je ne suis pas dans le corps d’un bébé ou d’une quelconque créature ; j’ai toujours le même corps. Mes vêtements non plus n’ont pas changé, préservant mon 1 Sous-genre littéraire en fantasy japonaise, impliquant un voyage vers un autre monde. uniforme scolaire.

— Rah ! Dans tous les cas, je n’apprendrais rien en restant ici, finis-je par me dire, sans savoir où donner de la tête.

Effectivement, mes questions n’obtiendront pas réponse en séjournant sur place.

***

Je me faufile à travers les premiers arbres et buissons de la forêt, m’éloignant peu à peu de la clairière. Mais pour être honnête, ce sont des bois tout ce qu’il y a de plus banal. Je commence sérieusement à douter d’avoir quitté la Terre, finalement.

Soudain, des bruits étranges m’entourent.

Génial ! À peine ai-je mentionné les ennuis qu’ils frappent déjà à ma porte. Qu’est-ce que ça peut être ? Des oiseaux ? Des sangliers ? Bon sang, j’ai comme un mauvais pressentiment. Comme un sixième sens que l’on déploie dans des moments critiques.

Un buisson s’agite alors plus fortement que les autres. Je déglutis en le fixant d’un regard inquiet et recule prudemment d’un pas, sentant l’angoisse monter en moi. Puis une ombre surgit et me saute dessus.

La peur m’envahit instantanément !

Je trébuche en arrière, tombe sur les fesses et force sur mes yeux pour encaisser un éventuel choc.

Aussi anxieux qu’un lapin en phase terminale, je tends mes mains vers l’avant et penche ma tête vers l’arrière pour éloigner le danger. Probablement la pose la plus laide que l’humain puisse effectuer consciemment. Sérieux, qui est-ce ? Qu’est-ce que c’est ? Et pourquoi moi ?

J’hésite vraiment à ouvrir les yeux, là. Mais si je ne suis pas mort, ça devrait aller, non ? À moins que je ne sois devenu invincible ou que j’ai fini par être un zombie ne ressentant ainsi plus la douleur, je ne pense pas m’être fait attaquer.

Ce ne serait donc pas un animal ?

Je décide de les ouvrir mais en orientant ma tête vers l’avant, je sens quelque chose de pointu s’enfoncer dans ma joue. Le picotement me fait immédiatement reculer à quatre pattes et j’aperçois sans le vouloir mon agresseur. Ou je dirais plutôt, mon agresseuse.

Une magnifique jeune fille pointant une lance rouge dans ma direction. Alors oui, elle me menace, certes, mais je ne peux m’empêcher d’admirer sa beauté. Ses cheveux bruns soyeux, ses yeux vert jade et son visage de poupée sont à croquer.

Non mais qu’est-ce qu’il me prend, sérieux ?! Je suis devenu fou ou quoi ? Elle s’apprête à me mettre en brochette, là ! Reprends-toi, mon vieux !

N’empêche, ses vêtements sont plutôt originaux. Un haut noir ne couvrant que la poitrine, laissant le ventre et le nombril à vue, un bas similaire à un treillis de couleur cyan et les pieds chaussés de sandales.

Bon, d’accord, je la trouve charmante mais la situation n’en reste pas moins délicate. Évitons de la brusquer au risque de finir empaler. Je vais lui faire la conversation. Je dois à tout prix lui confirmer que je ne lui suis pas hostile.

— Et si on commençait par enlever cette arme pointue et que tu me laissais me relever, hein ? Je suis loin d’être quelqu’un de méchant et je suis encore moins ton ennemi, tu peux me croire.

Comment prouver que l’on est inoffensif ? En le disant purement et simplement, voyons ! « Je ne suis pas ton ennemi ». Non mais dans quel monde ce genre de phrase peut passer ? Je n’ai donné absolument aucune raison le confirmant. Franchement, si ce genre de phrase toute faite fonctionnait, ça se saurait.

Étonnamment, la jeune fille me laisse me redresser et se tourne dans le sens opposé.

Quoi ? Sérieux ? Ça a marché ? C’est à n’y rien comprendre.

— Suis-moi ! m’ordonne-t-elle d’une voix ferme.

Tiens, elle montre son vrai visage. Elle a dû réaliser la bêtise de ma phrase précédente. Où est-ce qu’elle compte m’emmener ? Une grotte sombre ? Son village de cannibale ? Va savoir. L’imagination me fait voyager dans une tonne de scénarios différents. Et je ne comprends rien du tout. Où est-ce que je suis ? Qui est-elle ? Et où est-ce que nous allons ? Encore une fois, impossible d’avoir réponse à ces questions. Mais quitte à foncer vers une mort certaine, ma seule piste est cette fille. Et de toute façon, je suis déjà mort une fois.

Je la suis alors sagement.

Attends. Je ne tilt que maintenant mais elle a saisi ce que j’ai dit juste avant ? D’ailleurs, j’ai moi aussi pu comprendre son « suis-moi ». Est-ce qu’elle parle japonais ? Et puis quand j’y repense, son visage me dit étrangement quelque chose. Je ne me rappelle pourtant pas l’avoir déjà rencontrée mais elle me semble quelque peu familière.

— Dis-moi ! Je suis désolé mais je ne me souviens de rien et je n’ai aucune idée de comment j’ai pu atterrir ici. Où est-ce qu’on est exactement ? Pas au paradis ou en enfer quand même ? J’ai bien l’impression de me sentir vivant, là ! lui demandé-je, espérant obtenir un peu plus d’informations.



— Paradis ? Enfer ? Je ne vois pas de quoi tu parles. Tu m’as l’air d’être drôlement magané. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’on se trouve dans un lieu très éloigné de la capitale. Personne ne vient jusqu’ici. Je ne sais pas encore si tu es hostile donc tu te contenteras de ça pour le moment.

Eh bien, voilà ! Ça aurait été trop beau que ma phrase fonctionne du premier coup. Je vois bien qu’elle ne me fait toujours pas confiance.

Bon, notre première interaction a échoué. Ce serait mal avisé de persister avec tout un tas de questions. C’est elle qui est armée d’une lance, pas moi. Je vais tenter une autre approche. Plus calme et chaleureuse.

—Et ton nom, alors ? Tu peux bien me dire au moins ton nom, non ?

Ah, les doux bruits forestiers. Agréable, n’est-ce pas ? Le vent dans les feuillages, les oiseaux chantants et battant des ailes, les animaux traversant les buissons et le craquement des brindilles sous nos pieds. Tous ces sons prennent le dessus sur un silence très prononcé. La conversation se termine ici, on dirait. Peu importe, je ne vais pas lâcher l’affaire !

— B-Bon, moi, c’est Ryô. Ôkami Ryô.

Je continue de la suivre sans dire un mot, quand tout à coup, un bruit assourdissant retentit.

Le sol gronde.

Des tremblements de terre ?

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