
Rétrospective : de la création à la publication
Son origine
L'écriture dans l'ombre
Suite à mon entrée à la Mission Locale, j'ai enfin eu suffisamment de temps pour me consacrer pleinement à ce projet. Mon objectif était clair : donner vie à cette œuvre.
Une grande partie de mon temps libre était consacrée à l'écriture. Je travaillais partout où je pouvais accéder à un ordinateur : à la Mission Locale, à la bibliothèque, chez des amis… Chaque occasion était bonne à saisir.
Dans les salles informatiques de la Mission Locale, j'ai vu défiler de nombreux lycéens venus préparer leur baccalauréat, rédiger un rapport de stage ou travailler sur leurs projets scolaires. Et puis il y avait moi, assis à côté d'eux, en train d'écrire une histoire que personne n'avait encore lue.
J'étais souvent l'un des derniers à quitter les lieux. À plusieurs reprises, on est venu me rappeler que l'établissement allait fermer. Je profitais de chaque minute disponible pour avancer sur mon manuscrit, écrivant jusqu'au dernier moment avant de devoir ranger mes affaires.
Pendant que le premier tome poursuivait son chemin auprès des lecteurs, des bêta-lecteurs et des professionnels du secteur, je continuais de travailler sur la suite de l'histoire.
Toute la phase de correction, de relecture, d'amélioration et les différents avis professionnels obtenus concernaient uniquement le premier tome. Personne n'avait encore lu les chapitres qui suivraient.
Cette partie de l'histoire s'est donc construite dans l'ombre.
C'est dans cette petite salle informatique de la Mission Locale de ma ville que sont nés les événements des tomes suivants. Jour après jour, chapitre après chapitre, j'ai continué à développer l'univers de Kami No Akuryo sans savoir si ces pages seraient un jour publiées ou même lues par quelqu'un.
Les tomes de la première partie ont tous suivi ce même chemin. Ils ont grandi discrètement, loin des regards, dans un endroit où personne n'imaginait qu'une simple histoire commencée lors d'un devoir de français poursuivait lentement sa route vers ce qu'elle deviendrait plus tard.

Sa conception narrative
Comment l'histoire a pris de l'ampleur
Comme je l'ai déjà évoqué précédemment, Kami No Akuryo était à l'origine un simple devoir de français. À cette époque, l'histoire tenait sur trois pages à peine.
Même en développant les descriptions, les dialogues et la narration, la matière première restait beaucoup trop courte pour construire un récit cohérent et suffisamment riche. Dans sa forme initiale, Kami No Akuryo aurait tout au plus pu tenir dans un one-shot.
C'est d'ailleurs pour cette raison que j'écris, dans le rabat de la première impression du tome 2, que l'histoire aurait dû s'arrêter là. À l'origine, elle n'aurait jamais dépassé ce stade.
Par chance, ma motivation m'a poussé à développer ce qui se trouvait entre les grandes étapes du récit.
Car malgré toutes les évolutions apportées au fil des années, l'intrigue principale est restée la même : Ryô doit vaincre le Démon du Désespoir afin de sauver le monde dans lequel il est apparu. Et justement, dans la toute première version de l'histoire, cela s'arrêtait là. Ryô arrivait dans ce nouveau monde, se dirigeait vers le démon et accomplissait sa mission. J'ai alors compris qu'il manquait quelque chose : tout ce qui se trouvait entre son arrivée et sa confrontation finale.
C'est dans cet espace vide que sont nés les premiers personnages secondaires, les premières intrigues et les premiers arcs narratifs. Au fil du temps, chacun d'eux a évolué pour devenir ce que vous connaissez aujourd'hui.
Cependant, même avec une structure plus solide, il manquait encore plusieurs éléments essentiels. Une histoire ne peut pas reposer uniquement sur son intrigue principale. Il fallait créer d'autres conflits, d'autres objectifs et d'autres personnages capables d'enrichir l'univers.
C'est ainsi qu'est né Keita. Le prince d'Osano et son lien avec Hiroseijô ont constitué la première véritable intrigue secondaire de l'œuvre. La première pierre de l'édifice.
Puis est venu Kiyo, apportant à son tour sa propre histoire, ses motivations et ses conséquences sur le récit. À partir de là, j'ai commencé à construire l'œuvre étape par étape.
Une comparaison me vient souvent à l'esprit lorsque j'évoque cette période. Dans One Piece, l'équipage de Luffy progresse d'île en île. Chaque escale permet de découvrir un nouvel environnement, de rencontrer de nouveaux personnages et parfois d'accueillir de nouveaux compagnons.
J'ai inconsciemment adopté une logique similaire. À la place des îles, j'ai créé des arcs narratifs. Chacun d'eux représentait une étape sur la route de Ryô vers le Démon du Désespoir. Son voyage ne pouvait pas être direct. Il fallait des obstacles, des rencontres et des épreuves afin que son aventure ait du sens.
C'est alors qu'un personnage est apparu dans mon esprit. Afin d'éviter tout spoiler, je le désignerai simplement comme le « chef des bandits ».
À l'origine, il n'était qu'un obstacle. Un antagoniste destiné à ralentir la progression du héros et à créer un mur supplémentaire entre lui et son objectif final. Mais très vite, ses questions se sont imposées à moi :
Pourquoi est-il devenu ainsi ?
Pourquoi agit-il de cette manière ?
Pourquoi est-il présent dans l'histoire ?
Pour répondre à ces interrogations, j'ai passé de nombreuses heures à réfléchir à son passé et à ses motivations. Je ne me souviens plus exactement des influences qui m'ont guidé à ce moment-là, mais une histoire a fini par émerger.
Je conserve encore aujourd'hui dans mon téléphone les notes qui ont servi de fondation à ce personnage. Ces quelques idées ont progressivement donné naissance à l'un des personnages les plus importants de l'œuvre. Et surtout, elles m'ont fait comprendre quelque chose d'essentiel :
Un personnage peut engendrer une histoire >
> Une histoire peut engendrer un arc narratif.
Une fois ce travail terminé, j'ai pris du recul pour observer l'ensemble du projet. Malgré tous les ajouts réalisés, j'avais encore le sentiment que quelque chose manquait. L'histoire me semblait toujours trop courte. J'ai donc décidé de créer un nouvel arc. C'est ainsi qu'est né le village de Senu et l'ensemble des personnages qui l'habitent.
Là encore, l'objectif était de proposer une étape supplémentaire sur la route du héros tout en développant une intrigue capable de s'intégrer naturellement au reste du récit. Trouver l'équilibre entre cohérence et développement n'a pas toujours été simple, mais cette nouvelle partie a finalement trouvé sa place dans l'ensemble. L'histoire pouvait alors reprendre son cours.
Pourtant, une autre idée a rapidement émergé. Le passé que j'avais imaginé pour le chef des bandits m'a poussé à approfondir davantage son histoire. Sa tragédie personnelle est devenue une partie importante du lore de l'univers et a progressivement enrichi plusieurs aspects du récit.
Avec le recul, je me suis rendu compte d'une chose assez surprenante : en dehors du village de Senu et de certains événements de la conclusion, une grande partie de la première partie de Kami No Akuryo repose sur trois personnages clés.
À travers leur histoire sont nés la majorité des autres personnages et de nombreuses intrigues secondaires. Presque tous entretiennent un lien direct ou indirect les uns avec les autres.
C'est ainsi que le tome 2 a pris de l'ampleur.
D'un récit qui aurait pu se conclure très rapidement, Kami No Akuryo est devenu une œuvre composée de multiples intrigues, de nombreux personnages et d'un univers en constante expansion.
Et c'est cette histoire que vous êtes en train de découvrir aujourd'hui.
Sa publication
Le choix de l'indépendance
Mon expérience auprès d'une maison d'édition m'a finalement poussé à tenter une nouvelle aventure : celle de l'édition indépendante.
Je voulais découvrir l'envers du décor, comprendre chaque étape de fabrication d'un livre et me confronter à de nouvelles difficultés. Plus qu'un simple changement de méthode, c'était pour moi une occasion d'apprendre davantage sur ce métier et sur les nombreuses compétences qui gravitent autour de l'écriture.
Aujourd'hui encore, je ne sais pas avec certitude quelle voie me correspond le mieux. L'édition traditionnelle possède de nombreux avantages, tout comme l'autoédition. Pour l'instant, je continue d'avancer, d'expérimenter et d'apprendre. Peut-être qu'un jour je saurai définitivement où se trouve ma place.
Concernant la réalisation du tome 2, une grande partie du travail éditorial et artistique s'est concentrée sur les six derniers mois de l'année 2025.
Comme souvent dans un projet collectif, il a fallu composer avec les contraintes et les imprévus de chacun. Entre mon éditrice, qui s'est proposée pour la correction et la mise en page, l'illustrateur chargé des visuels et l'imprimeuse avec qui je travaille, plusieurs difficultés personnelles sont venues ralentir l'avancement du projet.
La couverture, notamment, a demandé davantage de temps que prévu avant de pouvoir être finalisée.
Pendant que d'autres auteurs publiés au même moment que moi faisaient paraître leur deuxième volume après environ une année de travail, il m'a fallu près d'un an et demi avant de pouvoir tenir entre mes mains le premier exemplaire papier de ce tome.
Et même alors, tout ne s'est pas déroulé comme je l'espérais.
Cette expérience m'a permis de prendre pleinement conscience de la complexité de l'édition indépendante. Lorsqu'on choisit cette voie, chaque difficulté doit être résolue soi-même. Il faut apprendre à gérer les imprévus, coordonner les intervenants, respecter les délais lorsque cela est possible et trouver des solutions lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu.
C'est parfois frustrant.
C'est souvent exigeant.
Mais c'est également extrêmement formateur.
Avec le recul, je réalise que chaque obstacle rencontré depuis la naissance de Kami No Akuryo m'a permis de progresser. Les difficultés n'ont jamais réellement disparu ; elles ont simplement changé de forme au fil du temps.
Et comme depuis le premier jour, je compte continuer à avancer.
Si vous êtes arrivé jusqu'ici dans cette rétrospective, alors j'espère que ce témoignage vous aura permis de mieux comprendre le parcours qui se cache derrière ces livres.
Kami No Akuryo continue son chemin, porté par la même passion qui lui a donné naissance lors d'un simple devoir de français.
Peu importe les obstacles à venir, l'aventure, elle, est loin d'être terminée.
Au plaisir de vous retrouver en dédicace, en salon ou lors d'un live.
À bientôt.