Les gardiens de la cour
Avant même l'examen final, les gardiens de la cour sont déjà le reflet du peu de considération que leur accorde la noblesse. Là où les chevaliers bénéficient d'une sélection prestigieuse et d'une véritable célébration, les gardiens ne sont perçus que comme des pions remplaçables, une force sacrifiable destinée à protéger les intérêts du royaume au prix de leur propre vie.
Les conditions
Contrairement aux chevaliers, aucun statut particulier n'est requis pour devenir gardien de la cour. Il suffit d'avoir atteint l'âge de seize ans pour pouvoir déposer sa candidature. Plus leur nombre est important, plus la monarchie dispose d'une main-d'œuvre capable de maintenir l'ordre parmi les roturiers et d'être envoyée contre les menaces les plus dangereuses.
Les inscriptions s'effectuent auprès de l'administration royale, dirigée par les serviteurs du roi. Cette institution, chargée de la gestion des documents et de l'organisation des effectifs, joue un rôle similaire aux grandes auberges qui enregistrent les aventuriers.
Les qualifications
La première étape consiste en un examen écrit portant sur quatre domaines :
l'histoire d'Orios et son lien avec la monarchie, les règles de bienséance, sous forme de questionnaire à choix multiplesla théorie de l'Aidiaplusieurs questions philosophiques concernant leur vision du monde, leur rapport au royaume et surtout leurs motivations. L'une des plus importantes demeure :
« Pourquoi souhaitez-vous devenir gardien de la cour ? »
Les épreuves pratiques
À partir de là, tout s'oppose au fonctionnement des chevaliers.
Les épreuves se déroulent loin de la capitale, parfois à plusieurs jours de voyage. Seuls les chevaliers chargés de superviser l'examen connaissent le lieu exact. Une fois sur place, les candidats passent un rapide test de fidélité qu'ils doivent ensuite signer par écrit, ainsi qu'une démonstration sommaire de leur Aidia.
Le maniement de l'épée est quant à lui relégué au second plan. Il peut rapporter quelques points supplémentaires, mais n'entre pratiquement jamais dans les critères de sélection.
Puis vient l'épreuve du courage.
À ce stade, l'examen devient impitoyable :
ceux qui réussissent sont ceux qui survivent.
Sans avertissement, un démon — généralement de rang E ou D — est lâché sur les candidats. Contrairement aux chevaliers qui affrontent des adversaires dans un cadre contrôlé, les futurs gardiens sont confrontés à une véritable situation de crise. Livrés à eux-mêmes, ils doivent survivre, s'adapter, coopérer et comprendre en quelques instants les capacités de leur ennemi.
Leur aptitude à créer une cohésion d'équipe et à analyser rapidement l'Aidia adverse est alors mise à l'épreuve.
Le cas exceptionnel d'Haruka
Depuis la création du corps des gardiens de la cour, Haruka fut la première femme à intégrer leurs rangs.
Ignorant totalement la nature de l'examen final, elle fit preuve d'un sang-froid remarquable lorsque le démon apparut. Là où beaucoup paniquèrent ou refusèrent d'écouter quiconque, elle parvint à coordonner ses compagnons, à exploiter les points forts de chacun et surtout à maintenir en vie une partie importante de son groupe.
Quelques survivants, reconnaissants de lui devoir leur existence, décidèrent plus tard de lui confectionner une tenue unique. Aucune tenue réglementaire n'avait en effet été conçue pour une femme de sa stature. Les chevaliers acceptèrent cette requête, davantage par désintérêt que par bienveillance.
Les résultats obtenus par Haruka étaient sans précédent. Habituellement, de nombreux candidats meurent lors de cette épreuve, et il n'est pas rare que des escouades entières soient exterminées. Les autorités n'eurent donc d'autre choix que de reconnaître son mérite et de l'intégrer officiellement.
De toute manière, les gardiens n'étaient à leurs yeux que du bétail destiné aux missions les plus périlleuses.
Plusieurs nobles, amusés à l'idée de voir une femme évoluer dans un milieu exclusivement masculin, espéraient déjà la voir sombrer sous la pression. Certains se demandaient même combien de temps elle mettrait avant d'abandonner.
Par pure malveillance, on lui attribua une chambre à l'internat des gardiens qu'elle devait partager avec quatre autres hommes.
Haruka refusa immédiatement.
Elle préféra continuer à vivre dans son petit appartement des quartiers pauvres, avant de quitter progressivement la capitale pour mener une existence plus libre, traversant villages et hameaux au gré de ses missions.
À leurs yeux, elle n'était qu'une gardienne parmi tant d'autres.
Mais sans le savoir, la cour royale venait d'assister à la naissance de l'une des personnes les plus remarquables de son époque.